L’institut de sondage Odoxa pour le compte de la MIF vient de communiquer les résultats des attentes des français sur le passage à la retraite.
À l’approche de la retraite, les Français privilégient de plus en plus le temps libre à la sécurité financière. C’est l’un des principaux enseignements de la deuxième vague du Baromètre du moral des futurs retraités réalisé par Odoxa pour la MIF auprès de 1 000 actifs âgés de 45 à 64 ans. Les futurs retraités veulent partir tôt, même au prix d’un niveau de vie réduit.
Si la question du pouvoir d’achat demeure une préoccupation majeure, près des deux tiers des personnes interrogées (63 %) affirment qu’elles choisiraient de partir à la retraite le plus tôt possible, quitte à bénéficier de conditions financières moins favorables. Cette aspiration est particulièrement marquée chez les ouvriers (74 %), davantage exposés à des métiers pénibles et à des carrières longues. À l’inverse, les indépendants (50 %) et les cadres (60 %) se montrent plus réservés, souvent en raison de parcours professionnels ou de situations de retraite plus complexes.
Le temps libre avant le niveau de vie
Pour les futurs retraités, la réussite de cette nouvelle étape de vie repose avant tout sur la santé. Celle-ci est citée par 81 % des répondants, loin devant le niveau de pension (59 %). Les attentes évoluent également vers une retraite davantage tournée vers l’épanouissement personnel : voyager, pratiquer des activités enrichissantes ou passer du temps avec ses proches figurent parmi les priorités en progression cette année.
Cette volonté de profiter pleinement de la retraite contraste cependant avec un pessimisme prononcé concernant la situation économique future. Plus de la moitié des personnes interrogées estiment qu’elles vivront moins bien à la retraite que leurs parents. Un tiers pense même que leurs enfants connaîtront une situation encore plus difficile. La quasi-totalité des futurs retraités (84 %) anticipe une baisse de son pouvoir d’achat, évaluée en moyenne à 31 %. Les indépendants se montrent les plus pessimistes, avec une perte estimée à 36 %, contre 29 % pour les salariés du privé et 32 % pour ceux du secteur public.
Face à cette perspective, près d’un futur retraité sur deux envisage de poursuivre une activité professionnelle après son départ à la retraite. Cette option séduit particulièrement les indépendants (58 %) et les cadres (50 %), alors qu’elle est moins envisagée par les ouvriers (39 %). Le cumul emploi-retraite apparaît ainsi comme un moyen de concilier aspiration à un départ précoce et maintien d’un niveau de revenu satisfaisant.
Une préparation financière qui progresse malgré les incertitudes
L’étude met également en lumière une méconnaissance persistante du système de retraite. Plus d’un actif sur deux (54 %) déclare mal comprendre son fonctionnement. Cette incompréhension est encore plus marquée chez les femmes, les employés et les ouvriers. Les récentes évolutions législatives n’ont pas permis d’améliorer la situation : seulement 56 % des répondants affirment avoir compris les conséquences de la suspension de la réforme des retraites adoptée fin 2025.
Au-delà de la complexité du système, de nombreux futurs retraités estiment manquer d’informations concrètes pour préparer cette transition. Plus de six personnes sur dix se disent insuffisamment informées sur les démarches administratives à accomplir ou sur les contrats à souscrire. Plus inquiétant encore, 71 % considèrent ne pas disposer d’informations suffisantes concernant la prévention de la dépendance.
Cette incertitude renforce les comportements d’anticipation financière. En 2026, 70 % des actifs de 45 à 64 ans déclarent épargner en vue de leur retraite, soit une hausse de cinq points en un an. Cette progression semble alimentée par un contexte international instable et par les inquiétudes économiques qui en découlent. Les cadres et les personnes les plus proches de la retraite sont les plus nombreux à mettre de l’argent de côté.
La détention de produits d’épargne dédiés à la retraite progresse également. Les assurances-vie demeurent les placements les plus répandus, suivies des plans d’épargne en actions (PEA), tandis que les plans d’épargne retraite (PER) et les dispositifs d’épargne salariale concernent chacun plus d’un futur retraité sur cinq. Toutefois, de fortes disparités subsistent selon le sexe, l’âge ou la catégorie socioprofessionnelle.
Enfin, l’étude souligne qu’il n’existe pas un profil unique de futur retraité. Les chercheurs identifient cinq grandes familles : les « experts », qui ont largement anticipé leur retraite ; les « improvisateurs », peu préparés mais impatients d’y accéder ; les « ambitieux », concentrés sur l’optimisation financière ; les « non-initiés », qui ont épargné sans maîtriser les règles du système ; et les « décrochés », encore éloignés des enjeux de préparation.
À un an d’une possible reprise des discussions sur la réforme des retraites, cette diversité de situations rappelle l’importance d’un accompagnement adapté aux besoins de chaque catégorie de futurs retraités.
