Facialement, le moral des intermédiaires est au beau fixe, avec une croissance d’encours anticipée supérieure à 12 % sur trois ans. En coulisses, une inquiétude sourde grandit : d'ici cinq ans, leur principal concurrent ne sera plus un pair, mais une plateforme pilotée par l'IA.
Ma petite entreprise ne connaît pas la crise. Malgré le choc énergétique né de la guerre en Iran, le retour de l’inflation et les risques de remontée des taux d’intérêts pour la contrôler, les perspectives de croissance des conseillers financiers restent soutenues, selon une étude de Natixis IM publiée le 23 juin (1).
Au niveau mondial, ils anticipent une progression de leurs encours de 11,9 % dans les 12 mois à venir ou de 12,8 % sur trois ans en moyenne annualisée. Les conseillers français sont plus timorés à horizon un an (11,6 %), mais plus ambitieux à horizon trois ans (13,1 %).
Thématique porteuse ou menace existentielle
« Pour atteindre ces objectifs, ils devront toutefois relever plusieurs défis structurels : l’accélération des innovations technologiques, l’intensification de la concurrence et les évolutions démographiques qui redessinent progressivement leur marché », écrit Natixis.
Sans surprise, l’IA est perçue comme la thématique la plus porteuse, pour l’investissement comme la pratique métier, mais aussi la plus grande menace. Sept conseillers sur 10 pensent qu’elle n’a pas encore livré son plein potentiel, voire même qu’elle portera les marchés pour les 20 années à venir.
Ils sont tout autant à l’utiliser dans leur activité, et encore plus à penser que sa maîtrise fournira un avantage concurrentiel décisif (8 sur 10), notamment pour gagner du temps à consacrer à la clientèle (7 sur 10).
Le risque est que la concurrence robotique dépasse l’humaine : 54 % des sondés voient aujourd’hui dans leurs confrères leur principale concurrence, mais ils ne sont plus que 11 % quand on leur demande de se projeter à cinq ans.
Spécificité française
Dans le futur, les plateformes d’investissement autonomes alimentées par l’IA deviennent le péril majeur, cité par 43 % des conseillers quel que soit leur nationalité. La France affiche ici sa singularité, puisque le risque concurrentiel le plus communément perçu est celui des néo-courtiers (72 % des citations).
Pour autant, seuls 30 % des professionnels pensent qu’ils seront marginalisés, 82 % d’entre eux étant persuadés que la relation personnelle et leur responsabilité fiduciaire feront la différence. Ils misent aussi sur la bêtise de l’IA, puisque 73 % des conseillers considèrent risqué pour un client de déléguer ses décisions à ces systèmes autonomes.
Difficile de leur donner tort – pour le moment – alors que les modèles de traitement du langage naturel les plus répandus sur le marché peuvent halluciner jusqu’à une réponse sur deux.
En confiance
Les données récoltées auprès des investisseurs ont également de quoi les conforter, puisque 71 % d’entre eux déclarent faire davantage confiance à un conseiller qu’à un outil automatisé. Le taux grimpe à 91 % si la relation de confiance est déjà établie.
« Les conseillers doivent s’attendre à voir leurs décisions challengées par une IA de plus en plus accessible et qui se focalise sur les coûts », prévient Romain de Beco, directeur distribution et assurance pour le marché français chez Natixis IM.
Pour profiter de la grande disruption plutôt que de la subir, les conseillers devront se tenir prêts. Car, selon le rapport « KPMG Global AI in Finance 2026 », le sujet n’est plus l’adoption de l’IA, mais la capacité à en tirer une performance fiable et prévisible.
Alors que l’usage actif de l’IA est passé de 30 % du secteur financier en 2024 à 75 % en 2026, l’écart de performance financière entre les entreprises les plus avancées et les autres est en moyenne de 32 points. Or, les conseillers financiers ne font clairement pas partie du premier groupe, puisque les deux tiers du panel interrogé par Natixis rencontrent des difficultés d’intégration.
« Les agents IA ne créent pas de valeur seuls, ils décuplent la valeur, ou exposent les failles, de l'environnement data sur lequel ils s’appuient », commente Pascal Gasp, senior solutions architect south Emea chez Starburst.
Le spécialiste estime que le prochain avantage concurrentiel « ne viendra donc pas uniquement du choix du modèle » mais « de la capacité à connecter les bonnes données, à les rendre compréhensibles par l’IA, à en contrôler l’usage et à prouver pourquoi une décision a été prise ». Tout un programme.
(1) Etude menée en mai 2026 auprès de 2950 conseillers financiers dans 23 pays
