En 2022, une étude publiée par le cabinet Axylia avait créé la controverse dans le secteur de la finance durable. Le Label ISR affichait 695 milliards d'euros d'encours. Axylia ne trouvait que 216 milliards. Soit moins du tiers.
L'explication tenait en deux points. Les fonds étrangers étaient comptabilisés à 100 %, alors que les investisseurs français n'en détiendraient qu'environ 25 % (poids des Français dans les encours européens – source Efama).
« Le Label ISR impose à ses fonds labellisés des exigences croissantes de transparence, de reporting extra-financier, mais ne publie lui-même aucune statistique consolidée »
À cela s'ajoutait une explosion des fonds monétaires, passés de 31 à 60 % des encours en 2021. En 2015 déjà, l'Autorité des Marchés Financiers écrivait : « Au-delà des classes d'actifs traditionnelles comme les actions ou les obligations d'entreprise, il est légitime de se demander dans quelle mesure et à quelles conditions certains actifs (ndlr : les actifs monétaires) sont susceptibles de s'inscrire dans le champ de l'ISR. « L'AMF reprenait les critiques des détracteurs : « les actifs de court terme offrent des marges de manœuvre limitées en matière d'engagement. » Et elle reportait la mention « par un acteur important de la gestion dans le DICI que pour les produits monétaires l'approche « socialement responsable » n'est pas pertinente. »
À noter que le marché des fonds labellisés ISR était aussi très concentré : dix fonds (sur 844) représentaient 40 % du marché total.
Des chiffres publiés sans réelle justification
Quatre ans ont passé. Le Label ISR annonce désormais 100 milliards d'encours en plus, à 793 milliards d'euros. Quelle serait la taille du marché en reprenant les deux mêmes corrections ? C'est impossible à dire sur la base de ce que publie le Label ISR. Un fichier Excel officiel disponible en téléchargement sur e site ISR recense 1 045 fonds au 31 janvier 2026. Mais il ne contient aucune donnée d'encours. 66 % des fonds n'ont pas de classe d'actifs renseignée. 17 % sont sans code ISIN. Pour reconduire l'étude de 2022, il faudrait acheter à nouveau une base de données professionnelle type Quantalys, et passer plusieurs heures à recouper des informations que le Comté du Label ISR possède déjà.
Le Label ISR impose à ses fonds labellisés des exigences croissantes de transparence, de reporting extra-financier et de publication d'indicateurs détaillés, mais ne publie lui-même aucune statistique consolidée. Le chiffre de 793 milliards circule sans que les épargnants ne puissent bien comprendre ce qu'il recouvre.
Une opacité bien malheureuse
Plus de transparence ne nécessite aucun investissement particulier, comme par exemple : publier au moins une fois par an les encours par fonds, la répartition par classe d'actifs, la part géographique réelle des détenteurs et leur évolution dans le temps.
Les données existent mais elles ne sont juste pas rendues publiques. La finance responsable a besoin de repères fiables. Le Label ISR a augmenté l'exigence sur les process de gestion mis en œuvre par les sociétés de gestion. Mais en ne publiant pas de chiffres consolidés, il ne crée pas la confiance.
Et à l'heure où le greenwashing est scruté par les régulateurs, les ONG et les épargnants, cette opacité demande à être corrigée. Le ministère de l'Économie et le Comité du Label ISR ont les moyens d'y remédier.
La chronique de Vincent Auriac, président d'Axylia
