Le deuxième trimestre 2026 aura opposé deux réalités : des marchés actions inscrivant de nouveaux records, portés par l'intelligence artificielle et une saison de résultats exceptionnelle, et une toile de fond géopolitique et macroéconomique nettement dégradée, entre résurgence des tensions au Moyen-Orient et retour d'un débat que l'on croyait clos, celui d'une inflation structurellement plus élevée.
Le Moyen-Orient a continué de concentrer l'attention des investisseurs ce trimestre. En avril, un pic de tension avait porté le Brent à près de 120 dollars, sur fond de craintes de fermeture du détroit d'Ormuz. À la mi-juin, un accord préliminaire entre Washington et Téhéran a mis fin à plus de trois mois de conflit ayant amputé la croissance mondiale d'environ un demi-point de PIB. Cette accalmie s'est toutefois révélée fragile, une résurgence des hostilités ces derniers jours a ravivé les craintes d'un nouveau blocage du détroit, entraînant le baril sur le chemin des 90 dollars.
Ce climat s'est superposé à un débat qui avait été relégué au second plan : celui d'une inflation structurellement plus élevée. Vieillissement démographique, réindustrialisation, transition énergétique, fragmentation géopolitique en sont les moteurs de fond. L'intelligence artificielle y ajoute désormais sa part, sa demande de calcul pesant sur les prix de l'électricité, l'eau ou encore les semi-conducteurs. Aux Etats-Unis, l'inflation est ainsi repassée de 2,3 % à 4,3 % en un an. Les anticipations de politique monétaire s'en sont trouvées bouleversées : les marchés, qui tablaient encore sur des baisses de taux en début d'année, intègrent désormais des hausses, aux Etats-Unis comme en zone euro.
Des performances très concentrée sur une seule thématique
Malgré ce contexte, la performance des indices actions mondiaux reste remarquable. Le MSCI ACWI a signé au deuxième trimestre sa meilleure performance trimestrielle en six ans, tirée par l'envolée des semi-conducteurs. L'indice sectoriel (SOX) progresse de près de 100 % depuis janvier, porté par le segment mémoire, où Samsung, SK Hynix et Micron affichent des gains compris entre 178 % et près de 300 %. La Corée du Sud et Taïwan, très exposées à cette thématique, expliquent l'essentiel de la progression des marchés émergents (+27 % depuis janvier) ; hors ces deux marchés, la zone serait légèrement négative. Le Japon a suivi une trajectoire similaire, porté par l'IA et par des soutiens structurels.
Aux Etats-Unis, cette concentration se retrouve dans les résultats d'entreprises : les 493 sociétés du S&P 500 hors "Magnificent 7" affichent une croissance bénéficiaire de 17,9 % sur un an — leur meilleure performance depuis fin 2021 — contre 63,2 % pour les hyperscalers. Les premières publications du T2 confirment un début de rééquilibrage : +22,8 % attendus hors "Magnificent 7", contre +33,1 % pour ces dernières. En Europe, malgré une présence limitée de valeurs liées à l'IA, l'Europe n'est pas en reste : le MSCI Europe progresse d'environ 10 % sur le semestre, porté par un net rebond au T2 consécutif à l'apaisement du conflit iranien, par les quelques valeurs IA et les banques. Sur le plan géographique, les performances ont été très dispersée : l'Espagne et l'Italie surperforment, l'Allemagne, plus exposée aux chocs énergétiques, fait figure de retardataire.
Sur les marchés obligataires, la performance reste disparate selon la devise, le risque crédit et la duration. Les segments en dollar surperforment nettement leurs équivalents en euro, reflet de la divergence entre une BCE offensive et une Fed restrictive dans le ton mais attentiste dans les faits. Les durations courtes ont amorti la volatilité grâce au portage, contrairement aux échéances longues. Le crédit, enfin, continue de se resserrer malgré des spreads déjà proches de leurs plus bas en vingt ans.
Perspectives du second semestre 2026
Pour le second semestre, l'économie mondiale reste résiliente et devrait éviter la récession, avec une croissance mondiale avoisinant les 3 %. Cette résilience reste toutefois inégale, mise à l'épreuve par une désescalade fragile au Moyen-Orient, des contraintes budgétaires persistantes et une inflation qui demeure élevée. Ce retour de la cyclicité continue par ailleurs de fragiliser les portefeuilles traditionnels, la corrélation entre actions et obligations s'étant fortement accélérée ces dernières années.
Pour les investisseurs, l'enjeu n'est donc pas de se détourner des actifs risqués, mais d'éviter le risque de concentration qui s'est accumulé ce semestre autour de l'intelligence artificielle. La croissance américaine a fortement profité de ce grand plan de relance du secteur privé à la suite des investissements massifs des hyperscaller, aujourd’hui plusieurs signaux nous interrogent sur sa capacité à durer : la rentabilité de ces investissements reste à démontrer, la forte inflation des composants pourrait peser sur la demande, et la remontée des taux longs pénalisera nécessairement des projets aussi capitalistiques. A l'heure où la largeur de marché est tombée à des niveaux parmi les plus faibles depuis la bulle internet, ces enjeux prennent d'autant plus de poids que ce segment, très présent dans les indices, affiche déjà des valorisations ambitieuses.
Allocation d'actifs : la poursuite d'un rééquilibrage engagé au printemps
Dans ce contexte, nous avons profité de l'engouement suscité par l'introduction en bourse de SpaceX fin juin - illustration des excès que peuvent engendrer les attentes autour de l'IA - pour engager plusieurs ajustements visant à réduire la concentration accumulée autour de cette thématique. Nous avons ainsi allégé nos positions sur la technologie américaine au profit d'une exposition plus diversifiée au marché domestique, réorienté une partie des gains accumulés sur la Corée et Taïwan vers la Chine et l'Inde, et légèrement réduit notre exposition japonaise tout en conservant l'essentiel de la position. En Europe, nous avons poursuivi le renforcement de notre exposition aux petites et moyennes capitalisations.
Sur la composante obligataire, notre préférence se maintient sur la partie courte de la courbe, plus à même d'amortir la volatilité des taux longs ; nous avons d'ailleurs renforcé cette conviction en réduisant à nouveau la duration de notre poche obligataire. Nous privilégions par ailleurs les obligations de qualité, les spreads de crédit se situant à des niveaux historiquement bas.
Enfin, nous avons profité du récent repli de l'or et des métaux stratégiques pour construire progressivement une poche dédiée aux matières premières, et poursuivi la diversification de notre poche alternative vers des stratégies de performance absolue, moins corrélées aux marchés traditionnels.
Notre sélection
Nous profitons de la forte baisse de l'or en 2026 (-25% par rapport à ses plus hauts) pour intégrer cet actif de manière stratégique dans nos portefeuilles modèles. Au-delà des considérations conjoncturelles à l'origine de cette correction, l'or devrait profiter d'un regain de recherche de diversification à mesure que la corrélation entre actions et obligations continue de se tendre, conservant ainsi son double rôle de couverture contre le risque géopolitique et contre une inflation plus persistante qu'anticipé. Toutefois, la volatilité des taux réels pouvant toutefois continuer de peser sur la classe d'actifs à court terme, nous privilégions une construction progressive de l'exposition plutôt qu'un investissement en une seule fois.
Ce choix dépasse d'ailleurs le seul effet d'aubaine lié à la baisse récente. D'une part, cette correction a largement purgé la partie spéculative du marché : les hedge funds, déjà vendeurs depuis le début d'année, représentent une source de risque baissier plus limitée qu'il y a quelques mois. D'autre part, les forces structurelles qui soutiennent l'or restent pleinement à l'œuvre : un endettement public croissant qui renforce l'attrait d'un actif sans risque de contrepartie, un risque géopolitique persistant, et une dédollarisation des réserves qui se traduit par des achats massifs des banques centrales. Ces derniers ont nettement accéléré depuis 2022, portés notamment par les banques centrales asiatiques, au premier rang desquelles la Chine.
Trois approches permettent de s'exposer au métal jaune. Les ETC, comme le Xtrackers Physical Gold, offrent l'exposition la plus directe, adossée à de l'or physique, mais reste rarement éligible en assurance-vie. Les minières aurifères constituent l'alternative la plus accessible, au prix d'une volatilité plus élevée (bêta supérieur au métal en direct). Vous pouvez y accéder soit via un ETF passif, comme le VanEck Gold Miners Ucits ETF A USD, soit via la gestion active, avec le fonds EdR Goldsphere A EUR, qui s'appuie sur près de 20 ans de track record sur le secteur.
L'allocation « balanced » de Rochevelle
