Les États-Unis traversent ce que The Economist qualifie de « miracle de la productivité » : depuis cinq ans, la productivité du travail américaine progresse en moyenne de 2% par an, contre seulement 1% durant la majeure partie des années 2010. Ce rebond, appuyé par des causes structurelles précises et amplifié par un cycle d'investissement technologique sans précédent, positionne le private equity comme l'une des classes d'actifs privilégiés pour capter cette dynamique.
Au troisième trimestre 2025, la productivité des entreprises américaines non-agricoles a progressé de 4,9 % : la valeur ajoutée réelle a augmenté de 5,4 % tandis que les heures travaillées n'ont progressé que de 0,5 %, comprimant les coûts unitaires du travail de 1,9% (2). Cette combinaison rare améliore simultanément la compétitivité et contient l'inflation. Sur la durée, ce dynamisme a conduit la Réserve fédérale à relever sa prévision de croissance potentielle de 1,8% à 2%(1). Jerome Powell lui-même a reconnu que ces années de forte productivité dépassaient ses anticipations. Les États-Unis se classent désormais au premier rang des grandes économies avancées, devant l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, le Japon et le Canada, avec une croissance du PIB réel attendue à 2,5% en 2026.
Trois causes structurelles : au-delà des idées reçues
L'origine de ce rebond contredit les intuitions habituelles. Ce n'est pas le secteur de l'information qui en est le moteur : ses gains de productivité, autour de 6% annuels, sont identiques à ceux de la période 2000-2019. Les gains les plus significatifs proviennent des services professionnels et du management, qui représentent 10% de l'économie américaine et captent désormais à grande échelle les bénéfices des innovations des années 2010 : cloud, smartphones, visioconférence.
Le deuxième moteur est énergétique : le prix de l'électricité aux États-Unis est en moyenne deux fois moins élevé qu'en Europe et un tiers moins élevé qu'au Japon, préservant des secteurs énergivores que leurs homologues européens ont vu s'effondrer. Enfin, la flexibilité institutionnelle américaine a joué un rôle décisif : en distribuant les aides pandémiques en liquidités plutôt qu'en dispositifs de rétention des emplois, les États-Unis ont permis une réallocation du capital humain vers des entreprises plus productives lors de la reprise.
L'IA : un multiplicateur encore en amorce
Ces gains précèdent l'impact de l'intelligence artificielle générative. La productivité a commencé à s'accélérer au début des années 2020, avant que les grands modèles de langage ne pénètrent réellement le monde commercial. L'adoption de l'IA dans l'économie réelle en est encore à ses prémices : 92% des entreprises prévoient d'augmenter leurs investissements en IA, mais seulement 1% se considèrent comme utilisateurs matures, et l'IA générative ne représente que 5,7% du temps de travail à mi-2025.
LPL Research décrit une "AI J-curve" : à court terme, intégrer l'IA coûte plus qu'elle ne rapporte. Mais une fois l'apprentissage organisationnel accompli, les gains s'accélèrent. Tracée sur un graphique, cette trajectoire dessine un "J", une phase de creux, suivie d'un rebond plus puissant. Le secteur des services approche de ce tournant. Goldman Sachs estime que 7,6 trillions de dollars de capital seront nécessaires pour financer l'infrastructure IA entre 2026 et 2031(3) : les statistiques actuelles de productivité n'en capturent pas encore les effets.
Le capital-investissement : acteur clé de l'économie productive
Dans ce contexte, le private equity occupe une position stratégique. Par exemple, Morgan Stanley chiffre à 800 Md$ l'opportunité de financement que représente le développement des data centers pour le marché du capital-investissement à l'échelle mondiale d'ici 2028, dont environ 55% aux États-Unis, sur un besoin total de financement externe estimé à 1 500 Md$(4). Là où les marchés cotés privilégient l'horizon trimestriel et où les banques sont contraintes par leurs ratios prudentiels, le private equity dispose du profil requis dans ce contexte : horizon long, tolérance à l'illiquidité et capacité d'accompagnement opérationnel.
Dans un environnement où les États-Unis s'affirment comme le principal foyer de croissance productive des économies développées, une exposition au private equity américain constitue une voie particulièrement cohérente pour capter ce cycle. Le rebond de productivité est réel et les premiers signaux s’accumulent. La capacité des gérants à identifier les segments les plus exposés à cette dynamique, à y engager du capital à un stade précoce et avec la rigueur qu'impose la classe d'actifs, reste le facteur déterminant de la performance.
(1) The Economist, "America is experiencing a productivity miracle", mai 2026
(2) LPL Research, "The Productivity Advantage: Powering Economic Growth in 2026", janvier 2026
(3) Goldman Sachs Global Institute, "Tracking Trillions: The Assumptions Shaping the Scale of the AI Build-Out", avril 2026
(4) Morgan Stanley, "Bridging a $1.5tr Data Center Financing Gap", 2025
