[Tribune] Les banques centrales à l’épreuve du choc énergétique

À la veille de leurs prochaines réunions de politique monétaire - la BCE le 30 avril 2026 et la Fed le 29 avril 2026 - les deux institutions se retrouvent au cœur d’un dilemme commun : comment concilier la lutte contre l’inflation, le choc énergétique, et des conjonctures économiques en mutation rapide.

Avec un taux de dépôt maintenu à 2 % et une inflation attendue à 2,6 % en 2026 (contre 2,1 % en 2025), la Banque centrale européenne devrait adopter une posture attentiste lors de sa réunion d’avril. Le choc pétrolier et gazier, qui pèse sur l’inflation à court terme, justifie cette prudence. Pourtant, les marchés anticipent déjà deux hausses de taux de 25 points de base chacune, l’une en juin, l’autre au quatrième trimestre 2026. Ces ajustements, bien que modestes, reflètent la volonté de la BCE de ramener l’inflation à son objectif de 2 % dans la zone euro.

La croissance économique, quant à elle, devrait ralentir à 0,9 % en 2026, contre 1,4 % en 2025, dans un contexte conjoncturel moins porteur. Les taux longs et moyens termes en Allemagne, le 10 ans allemand à 3 % (+35 points de base depuis fin février) et le 2 ans allemand à 2,6 % (+60 points de base depuis fin février), confirment cette tendance. Dans ces conditions, la politique monétaire de la BCE s’apparente davantage à un ajustement conjoncturel qu’à une réponse à un danger de spirale inflationniste, comme en 2021-2022.

La Fed : une politique monétaire en suspens

Aux États-Unis, la donne est différente. Avant l’escalade du conflit en Iran, les investisseurs tablaient sur deux à trois baisses des Fed funds d’ici la fin de l’année, ramenant le taux directeur à 3 % (contre 3,50-3,75 % actuellement). Mais le choc énergétique, qui touche aussi l’économie américaine, a bouleversé ces prévisions. La probabilité d’une baisse des taux en 2026 est désormais faible, alors que Kevin Warsh, pressenti pour succéder à Jérôme Powell à la tête de la Fed, devrait être confirmé dans les prochaines semaines. Contrairement à la BCE, la Fed a un double mandat : stabilité des prix et plein emploi. Cette flexibilité lui permet d’envisager une politique plus accommodante si nécessaire.

Pourtant, avec une croissance du PIB réel prévue à 2,4 % en 2026 et une expansion du crédit bancaire et des leases de 7,1 %, au plus haut depuis trois ans selon le Federal Reserve Board, l’économie américaine reste dynamique. Dans ce contexte, une baisse des taux semble à la fois prématurée, et potentiellement contre-productive : elle risquerait de surchauffer une économie déjà robuste.

Deux stratégies, un même défi

Si la BCE et la Fed adoptent des approches distinctes, elles partagent une même préoccupation : éviter que les chocs énergétiques ne se transforment en pression inflationniste durable. Pour la BCE, il s’agit de doser finement ses ajustements pour ne pas étouffer une croissance déjà fragilisée. Pour la Fed, l’enjeu est de ne pas stimuler excessivement une économie en pleine expansion. Dans les deux cas, les prochains mois seront cruciaux pour évaluer l’incidence réelle des tensions géopolitiques et énergétiques sur l’inflation et la croissance.

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