Les actifs numériques sont encore loin de s’implanter dans notre vie quotidienne. Dans une étude publiée en amont du rapport annuel de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, l’institution tente de dénombrer les Français recourant aux cryptos pour les achats du quotidien.
Adoption minime
Selon ses statistiques, à peine 3 % de la population y aurait déjà eu recours. La proportion est cependant plus importante que celle du nombre de commerces déjà équipés pour recevoir des paiements par ce biais : seuls 0,1 % des commerces en France acceptent un règlement en bitcoin.
Les raisons sont pour l’essentielle liées aux caractéristiques intrinsèques des actifs numériques, laissant peu d’espoir quant à une révolution des paiements. A commencer par la forte volatilité des actifs numériques « de première génération », type bitcoin ou ether, expose les commerçants au risque de variation des prix.
Par ailleurs, les transactions sur ces blockchains peuvent être longues, voire très longues en cas de congestion du réseau. Une transaction en bitcoin, par exemple, peut s’allonger de quelques minutes, voire approcher l’heure dans certains cas.
Les frais transactionnels sont un autre obstacle. Ils sont liés à la multitude d’intermédiaires qui interviennent dans le processus de conversion des cryptoactifs en euros, qu’il s’agisse de prestataires de services sur actifs numériques (PSAN), de banques ou de sociétés spécialisées. Une surcouche au système traditionnel donc, plutôt qu’une alternative.
Manque d’alternatives
Les stablecoins, censés répondre à plusieurs de ces problématiques, ne sont pas encore identifiés comme une alternative crédible et sont plutôt utilisés par les entreprises, pour leurs besoins de trésorerie, des opérations financières ou des transferts internationaux.
Les layers 2 – une surcouche d’une blockchain préexistante – sont une deuxième solution, mais ne parviennent pas pour autant à adresser toutes les problématiques de leur technologie originelle, estime l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement.
A l’absence d’optimisation s’ajoute la question des risques liés aux cryptoactifs, pointée par Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France, lors d’une conférence introductive : « Ceux-ci présentent à la fois des risques similaires aux moyens de paiement traditionnels, justifiant ainsi l’application du principe « mêmes activités, mêmes risques, mêmes règles », mais aussi des risques spécifiques, par exemple la sécurité de leurs propres infrastructures, les blockchains, rendant nécessaire l’application de règles propres. »
Lors de cette même conférence, Denis Beau a également mis en garde contre le risque de perte de souveraineté, notamment avec l’émergence des stablecoins, dont les plus importants sont adossés au dollar et émis par des plateformes américaines.
L’euro numérique, que la Commission européenne conçoit comme une réponse à la montée en puissance des cryptoactifs, pourrait entrer en circulation d’ici 2029. Avant que la Banque centrale européenne ne puisse en émettre, le Parlement européen doit approuver un règlement l’autorisant. En février, l’euro numérique avait déjà passé un cap symbolique en étant soutenu par deux amendements adoptés à une large majorité, mais dans le cadre d’un texte non contraignant.
