Alors que les investisseurs s’interrogent sur la crédibilité du scénario de désescalade de la guerre en Iran, l’OCDE publie ses nouvelles prévisions. Le point de vue de François-Xavier Chauchat, membre du comité d’investissement, économiste et stratégiste chez Dorval AM.
Dans ses nouvelles prévisions économiques, l’OCDE s’attend à une croissance mondiale « résiliente », un épisode inflationniste « temporaire » et une « relative » placidité des banques centrales. « Mais les marchés européens, eux, fait remarquer François-Xavier Chauchat, membre du comité d’investissement, économiste et stratégiste chez Dorval Asset Management, craignent que les taux de la BCE ne montent nettement plus que ce que l’OCDE suggère. »
Publiées le 26 mars, les nouvelles prévisions de l’OCDE intègrent un scénario central de désescalade des prix de l’énergie à partir du milieu de l’année 2026. Dans cette hypothèse « fragile », la croissance mondiale perdrait de 0,3 % à 0,4 % d’ici à la fin de l’année, ce qui trancherait avec la dynamique « prometteuse » des deux premiers mois. « La croissance annuelle, écrit François-Xavier Chauchat dans son analyse, atteindrait 2,9 % en moyenne en 2026 et 3 % en 2027, après 3 % en 2025. Portée, entre autres, par les investissements en IA, les dépenses de défense, les soutiens budgétaires et la récente baisse des droits de douane américains, l’économie mondiale serait à même de résister. »
Dans un scénario d’emballement « supplémentaire et durable » des prix du pétrole et du gaz, il en irait évidemment tout autrement… S’agissant de l’inflation, l’OCDE prévoit un choc « substantiel mais temporaire », en ligne avec l’hypothèse de désescalade des prix de l’énergie au second semestre. L’inflation pourrait ainsi s’élever à 4 % dans le G20, après 3,4 % l’an dernier, avant de redescendre vers 2,7 % en 2027. Cela dit, hors alimentation et énergie, l’inflation ne bougerait quasiment pas : 2,6 % dans les pays développés en 2026, comme en 2025, puis 2,3 % l’an prochain.
Des marchés pessimistes
« Pour ce qui concerne la Fed, poursuit le stratégiste, les anticipations du marché sont aujourd’hui conformes à la vision de l’OCDE. Mais, sur la BCE, les marchés financiers sont devenus beaucoup plus pessimistes. Ceux-ci intègrent désormais trois ou quatre hausses de taux cette année, soit jusqu’à 100 points de base de plus que ce qu’ils anticipaient avant la guerre en Iran. » Redoutant, notamment, que la mémoire du choc inflationniste de 2022 ne conduise les entreprises à remonter rapidement leurs prix…
Mesurée sur les marchés des « swaps » d’inflation, l’inflation « 5 ans dans 5 ans » a seulement grimpé de quelques points de base depuis le 28 février, contre 50 points de base dans les jours qui ont suivi le déclenchement de la guerre en Ukraine. Comme beaucoup l’ont déjà souligné, l’actuelle situation est « différente » de celle de 2022. Les pressions inflationnistes sont freinées par un marché du travail « plus vulnérable » en France et en Allemagne, par une désinflation salariale qui s’installe et par des taux d’intérêt significativement plus élevés qu’en 2022. Le taux d’inflation était en zone euro de 1,9 % en février [2,5 % en mars], contre 5,1 % en janvier 2022.
« Enfin, relève l’économiste de Dorval AM, la hausse du prix du gaz naturel a été plus limitée et les prix de l’électricité y sont moins sensibles, du fait de la remontée des capacités du nucléaire français et de la montée en puissance des énergies renouvelables. » Au demeurant, vu la dégradation des conditions financières, la baisse des actions en Bourse et la hausse des rendements obligataires (avec un écartement du différentiel de taux avec l’Allemagne), l’aplatissement de la courbe des taux (les taux à très long terme ne bougeant presque pas, alors que ceux à deux ans ont monté de 75 points de base), les marchés anticipent un fort ralentissement économique. « Les expériences de 2008 et 2011, rappelle François-Xavier Chauchat, quand la BCE avait monté ses taux en pleine crise, avant de les rebaisser fortement, sont dans toutes les mémoires. » A suivre…
ML
