La dynamique des produits structurés ne faiblit pas, avec des volumes en hausse d’un tiers en 2025. La surveillance du régulateur s’intensifie alors que le marché se transforme, offrant plus de place au sur-mesure et actant la domination des indices à décrément.
Après deux années record pour les ventes de produits structurés en 2023 et 2024, 2025 confirme la dynamique du marché : selon les estimations d’Hilbert Investment Solutions, les volumes de ventes ont progressé de 33 % sur un an.
Contexte porteur
« Dans un contexte de remontée des taux longs et de craintes persistantes de l’inflation en raison des fortes tensions commerciales, les conditions sont restées favorables aux produits structurés, notamment à capital garanti à long terme, avec un terreau de volatilité propice pour ces solutions », écrit Hilbert IS.
Les baisses de taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) et la remontée de l’OAT 10 ans n’ont pas affecté la proportion de produits structurés dont le capital est entièrement protégé, qui représentent près de la moitié du total depuis 2023.
Autre élément de stabilité, le taux de rendement interne (TRI) des produits échus ou rappelés, de 8,5 % en 2025 contre 8,6 % en 2024. L’évolution serait plutôt à chercher du côté des indices à décréments – où un niveau de dividende fixe et prédéfini remplace les dividendes perçus – qui construisent rapidement une position hégémonique : ils représentaient 75 % des ventes l’an passé, soit 26 points de plus que l’année précédente.
Assez décriés, ils correspondent néanmoins à une logique d’investissement, comme l’explique Dorian Raimond, directeur du trading et de la stratégie obligataire chez Hilbert IS : « le décrément peut augmenter le rendement en gommant la chute de l’action liée au paiement du dividende, en contrepartie du risque que le dividende réel soit inférieur au dividende forfaitairement soustrait. »
Le rappel ? C’est français
Les produits de rappel, qui permettent à l’émetteur de rembourser le capital avant la date d’échéance prévue comptent pour 90 % des émissions. Une « spécificité française », précise la société de gestion.
Les placements privés - dont la « démocratisation » fait toujours craindre quant au couple performance/risque - ont tenu leurs promesses pour ceux encapsulés dans des produits structurés. A niveau de risque équivalent, le rendement était supérieur de 1,5 % à 3 % aux placements publics.
De quoi encourager la croissance du « sur-mesure », qui permet aux intermédiaires de construire des placements en phase avec leurs convictions. « Les produits structurés, plutôt généralistes jusqu’ici, sont de plus en plus dédiés à des allocations sectorielles, observe Dorian Raimond. Ils deviennent un moyen plutôt qu’une fin. »
Dans le prolongement
Les indices boursiers classiques, comme le S&P 500 ou l’Euro Stoxx 50, sont effectivement moins présents parmi les sous-jacents. Mais cette évolution est aussi le fait de conditions économiques dégradées, qui plaident pour des allocations sectorielles ou thématiques, comme la souveraineté, la défense, le luxe, la tech, l’énergie ou les matières premières. Selon Hilbert IS, ces grands thèmes continueront de prévaloir en 2026.
Malgré cette réallocation, les actions restent les sous-jacents majoritaires des produits structurés. Ceux des produits à capital garanti, essentiellement basés sur les taux, font aussi leur mue depuis fin 2025 : moins de CMS Eur 10 ans, moins de Libor, moins de swap de taux, plus de taux souverains. « Le marché arrive à un point de saturation, mais cela vient après une forte croissance entre 2023 et 2025, et ils répondent toujours à la problématique de diversification des investissements », analyse Dorian Raimond.
Les prochaines évolutions des produits structurés pourraient être réglementaires plutôt que paramétriques. Les superviseurs observent en effet ce marché sous plusieurs angles : clarté des mécanismes et des coûts pour les épargnants, potentielle inclusion dans la revue annuelle de « Value for money » en assurance vie, évolution des critères de référencement…
« Les produits structurés restent encore sous les radars du régulateur, tempère Dorian Raimond. En dehors d’une demande pour plus de transparence et moins de frais, les analyses sont positives. »
